Jeudi 15 Septembre 2016 : Avilés > Muros de Nalón  (24 km)

 

Étape 25/38

 


    Vision

    Musique - encens - parfums  - poisons - littérature !
    Les fleurs vibrent dans les jardins effervescents ;
    Et l'Androgyne aux grands yeux verts phosphorescents
    Fleurit au charnier d'or d'un monde en pourriture.

    Aux apostats du Sexe, elle apporte en pâture,
    Sous sa robe d'or vert aux joyaux bruissants,
    Sa chair de vierge acide et ses spasmes grinçants
    Et sa volupté maigre aiguisée en torture.

    L'archet mord jusqu'au sang l'âme des violons,
    L'art qui râle agité d'hystériques frissons
    En la sentant venir a redressé l'échine...

    Le stigmate ardent brûle aux fronts hallucinés.
    Gloire aux sens ! Hosanna sur les nerfs forcenés.
    L'Antéchrist de la chair visite les damnés...

    Voici, voici venir les temps de l'Androgyne.


    Albert Samain (1855-1900) 
    (Recueil : Le chariot d'or)

     


Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites,
mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire.


Voltaire

 



 
Les Chemins sont transformés en ruisseaux...





C'est pas la joie !...


Le pont sur le Rio Nalón, avant d'arriver à l'étape...

Muros de Nalón


    Je me lève à 6h30. Encore beaucoup de dormeurs... Je mets mon équipement de pluie, car celle-ci
    depuis
    hier soir n'a pas cessé. Traversée d'Avilés, puis de zones pavillonnaires et de petits hameaux.
    La pluie est forte et tombe en bourrasques. Je marche un peu comme un zombie et dans une descente
    sur le bitume je glisse comme si j'avais marché sur une plaque de glace. Je m'étale de tout mon long,
    le sac amortit un peu la chute mais j'ai quand même l'épaule gauche endolorie...
    (C'est seulement 2 mois plus tard quand j'aurai vu mon médecin et fait une échographie que j'aurai le diagnostic : Rupture transfixiante et quasi-complète du tendon supra-épineux, ce qui m'oblige à faire
    des séances de kinésithérapie
    ).
    Bon, sur le moment et dans les jours qui suivront, je sentirai bien une gêne
    et parfois une légère douleur à l'épaule, mais pas au point d'arrêter mon Chemin.

    Par moments, la pluie redouble avec de fortes rafales de vent. Lors de la traversée d'une forêt d'eucalyptus, le chemin s'est transformé en ruisseau. Il y a de beaux passages au milieu des fougères
    et des châtaigniers, mais je n'ai guère le loisir d'admirer l'environnement, engoncé dans ma cape !

    Je finis cette étape sous la pluie, en suivant la Nationale, je traverse la rivière Nalón et j'arrive à
    l'Albergue Casa Carmina. Je suis le premier pèlerin ce qui me permet d'avoir le temps de bourrer
    mes chaussures de papier journal et de mettre tous mes vêtements mouillés à sécher dans le local
    de la chaufferie de l'Albergue.
    Après la douche, je me restaure avec ce qui est proposé sur place et évidemment j'apprécie un bon
    Cafe con Leche bien chaud !

    Je fais la connaissance d'une jeune québecoise, médecin, qui fait le Chemin avec sa mère.
    Le soir, je dîne avec un pèlerin nordiste, Gilles de Cambrai.
    Repas pour 10 euros et pour terminer un Orujo Blanco que j'offre à mon compagnon.

     

 

Une plage proche de Muros de Nalón (Photo trouvée sur internet)
 

 


Hébergement à l'Albergue Casa Carmina à Muros de Nalon
21/23 Avenida de Riego - Tél. 985 583 137
Dortoir de 18 places - 14 euros la nuit
Cuisine - Lave-linge - Wifi
Dîner et petit déjeuner sur place pour un prix correct
(4 coquilles)
(Il y a un local où se trouve la chaufferie dans lequel
on a pu faire sécher chaussures et linge)

 



    L’amour brisé

    Mon îlot de feu clair, mon nid, mon amoureuse,
    Depuis quand n'ai-je plus dans ton riche cou blanc
    Enseveli ma tête orpheline et fiévreuse
    Et d'un bien sans égal épousé tout l'élan ?

    L'hiver a déjà mis son lourd sanglot de givre ;
    Les violons brisés ont suspendu leurs voix ;
    Sur la glace, je vais toujours comme un homme ivre,
    Déchiré par les yeux que sans fin je revois.

    Où cours-tu donc, lascive, avec ta bouche fière
    Où je cueillais, hier, le sel de ton baiser ?
    Hier, non, mais plutôt bien des mois en arrière,
    Car le temps n'est pour moi qu'un poignard aiguisé.

    Mon Dieu ! puis-je souffrir qu'à jamais tu deviennes
    Cette belle inconnue à qui je disais « nous » ?
    Puis-je abandonner là nos étreintes anciennes
    Et piétiner les fleurs encombrant tes genoux ?

    Mon supplice, ma faux, ma louve dévoreuse,
    Oh ! pardon, j'ai trop mal, j'ai trop mal en ce jour.
    Dans ma poitrine folle, une blessure creuse
    La tombe où saigneront mille bouquets d'amour.


    Thierry Cabot - La Blessure des Mots
     

 

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