Le Chemin Côtier Portugais
Vila Nova de Arousa > Padrón

Mercredi 25 Septembre 2024

"Barca del Peregrino" jusqu'à Pontecesures
et 3 km à pied pour arriver à Padrón

14ème étape

 

Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Éternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil .


Arthur Rimbaud

 



Il fait encore nuit quand je me dirige vers l'embarcadère...


La "Barca del Peregrino"






Nous voilà embarqués sur la "Barca del Peregrino" pour suivre cette "Ruta Traslatio"
qui va nous faire remonter la Ria de Arousa puis le Rio Ulla jusqu'à Pontecesures...













Les Croix de pierre qui jalonnent le parcours...








Le viaduc de la rivière Ulla est un pont ferroviaire composite (acier-béton),
record mondial de son type, situé sur la Ría de Arousa.


















Arrivée à Pontecesures





Le pont qui enjambe le Rio Ulla











L'église Saint-Jacques de Padrón surplombant la ville...


La pierre à laquelle aurait été attachée la barque transportant le corps de Saint-Jacques...
Dans l'église Saint-Jacques, sous l'autel, est conservée la pierre (El pedrón, qui a donné le nom à la ville)
à laquelle l'embarcation de l'apôtre aurait été arrimée.
 Selon une des légendes de la translation de Saint Jacques,
son corps fut en effet placé dans un cercueil de cèdre et mis dans une barque de pierre (sans voile ni gouvernail)
par ses sept disciples, laquelle fut guidée par des anges jusque dans cet estuaire de Galice.


            
2 représentations de Saint Jacques

           
   Saint Roch mon compagnon de Chemin                   Saint Jacques Matamore                    



 
Padrón
 

Profil de l'étape


    Mercredi 25 septembre
    Chemin Portugais par la côte - Variante Espiritual
    14ème étape de Vilanova de Arousa à Padrón.
    " Barca del Peregrino" jusqu'à Pontecesures
    et 3 km à pied pour arriver à Padrón


    À 8 h, je prends le bateau "La Barca del Peregrino" où nous nous retrouvons près d'une centaine de
    pèlerin(e)s pour suivre la Ruta Traslatio aussi appelée Ruta Xacobea maritimo-fluvial qui nous fait
    remonter la Ria de Arousa puis le Rio Ulla jusqu'à Pontecesures.
    Il me semble que je suis le seul Français parmi de nombreuses nationalités présentes sur ce bateau.
    Puis, de Pontecesures, il y a 3 kilomètres pour arriver à Padrón où selon la légende serait arrivée la
    barque transportant le corps de Saint-Jacques.

    Après un arrêt au bar, je vais visiter l'église Santiago où l'on peut voir sous l'autel, la pierre à laquelle
    aurait été attachée la barque arrivée au terme de son voyage. Il y a aussi de belles statues de Saint-Jacques
    et de Saint-Roch. Ensuite je vais à mon hébergement tout proche de l'église. 

    Dans l'après-midi, je sors pour reconnaître l'itinéraire du chemin pour demain matin...
    La pluie ne cesse de tomber et je fais une invocation aux Archanges qui m'accompagnent sur ce chemin
    afin d'invalider les prévisions météo qui annoncent encore beaucoup de pluie pour demain avec une
    étape pour arriver à Santiago de 22 km.....
     

 


    Récit de Raphaël Chouraqui (Copié avec son autorisation sur les publications FaceBook)
    Octobre 2025

    Vilanova de Arousa - Padron


    La Voie Spirituelle aujourd’hui se retire pour laisser place à l'eau et à l'histoire, une brève interlude
    de dix petits kilomètres de marche entre Vilanova de Arousa et Padrón, pour soulager les jambes.
    Après des jours de pas sur la terre ferme, les pavés et le bitume, nous ne sommes plus qu’une poignée de
    pèlerins à nous presser sur le quai, prêts à échanger la marche contre le tangage de la mer.

    C'était l'heure de la Traslatio, le voyage maritime-fluvial qui rejoue la légende de la dépouille de
    Saint Jacques. L'air, encore frais de l'aube le long des quais du port porte le murmure du Rio Ulla,
    cette veine bleue qui plonge au cœur de la Galice et accueille les pèlerins  comme voyageurs éphémères
    de la mer. Notre embarcation sobrement baptisée « La Barca del Peregrino», attendait, coque blanche et
    promesse d'histoire. L'ambiance à bord était bon enfant, légère et joyeuse, mais tout de même empreinte
    de la solennité d’un rituel de passage. Les sacs à dos étaient empilés au fond de la coque avec un soin
    quasi-religieux, mais nos sourires trahissaient la curiosité. Nous allions non seulement naviguer, mais
    nous plonger au cœur du mythe jacquaire. C'est le Capitaine lui-même qui nous fait l'honneur de l'accueil,
    avec une petite collation chaude et un morceau de gâteau de St Jacques.

    — « Bienvenus à bord, pèlerins ! lança-t-il dans un accent chantant. Aujourd’hui, vous ne marchez plus sur
    le Chemin, vous naviguez sur l’Étoile ! Notre sainte mission est de vous faire remonter le temps, sur les traces
    de la barque de pierre. Alors, larguons les amarres et que le vent de l'Apôtre nous porte ! »

    Son discours était un mélange parfait de décontraction et de respect, transformant la traversée commerciale
    en une aventure mystique. Tandis que le moteur s'ébranlait et que nous quittions le port, le Capitaine
    continuait, désignant du doigt la ria, puis le large, tel un conteur de mer, en nous décrivant notre traversée.
    Nous n'étions plus de simples touristes, mais les passagers d'une quête millénaire, en route vers l'échouage
    sacré de Padrón.

    Le Rio Ulla, large et majestueux, fendait ses eaux sous l’étrave de la navette, déroulant devant nous le miroir
    liquide de l’histoire. Il s'avançait vers l'intérieur des terres, dans le sillage légendaire de la Traslatio, marquant
    l'itinéraire sacré que le cercueil de Saint-Jacques aurait emprunté après son martyre en Judée et son improbable
    départ de la vieille ville de Jaffa. La traversée du Rio Ulla, parsemée des emblématiques trois croix de pierre
    plantées dans l'eau comme des repères mémoriels, était déjà la promesse d'une étape hors du temps.

    C'était une parenthèse d'eau et de légende, un prélude émouvant avant de fouler le sol de Padrón et de se
    confronter à la matérialisation de son mythe. Après la traversée en bateau qui remonte la ria, je retrouvais
    la terre ferme, mais l'esprit restait marin. Je remontais le long du Rio Sar bordé d’arbres aux couleurs de
    l’automne.

    La première partie de mon étape fut une douce déambulation de trois kilomètres, le long des rives du Rio Sar
    jusqu’au marché central. L'arrivée à Padrón fut une immersion dans le récit fondateur. Padrón n'est pas une
    simple étape, c'est l'origine même du pèlerinage jacquaire. La petite ville, traversée par le Rio Sar, un affluent
    de l'Ulla, respire ce passé romain et chrétien. C'est là, en déambulant dans la ville, que je me souvenais de trois
    de mes compagnons de route Silvio l’italien, Sylvester le Hongrois et Fabrice le belge avec qui j’avais déjà fait
    ce chemin en 2019. 

    La destination spirituelle ultime fut l'église de Santiago de Padrón. Je m'approchai de la pierre fondatrice,
    le "Pedrón", nichée sous l'autel principal. C'est ici, sur cette barque en pierre qui, dit-on, s'est ramollie sous
    le poids du corps de Jacques, que le mythe prend forme. Je m'y suis adonné à une longue méditation,
    une introspection personnelle sur la liberté, la superficialité des liens humains, l'état du monde, de la société
    et la morosité de notre époque, qui transforme les personnes en agressivité et en haine de l'autre.

    Bref, la fin du voyage approchait. Je savais que bientôt je devrais quitter cette douce retraite pour regagner
    une réalité pesante, triste et destructrice. Même en exil de ce monde à la dérive, on ne peut échapper à l'écho
    du brouhaha médiatique et à la clameur du monde connecté qui nous rattrape.

    Mais revenons a l'instant présent si précieux. Le silence de la nef était seulement troublé par le crépitement
    des cierges et empli de plénitude. Mes pensées flottaient, comme la barque sur l'Ulla, entre la fatigue du
    corps et la légèreté de l'âme, trouvant un point d'équilibre dans la froide immobilité du roc.
     Il y avait dans cette pierre que j'observais depuis un long moment, une force certaine, la preuve palpable
    que le voyage s'arrête toujours quelque part, pour mieux recommencer. Le texte en latin gravé au-dessus
    évoque le cippus, le socle, qui aurait servi d'amarrage. Tout un programme pour donner du sens à mes
    méditations du moment.

    C'est ici que le mythe de la princesse Iria Flavia (Dont le nom est associé à l'ancienne ville romaine,
    aujourd'hui une paroisse de Padrón), la Reine Lupa, prend tout son sens. Elle fut d'abord l'adversaire des
    disciples de Jacques, avant de se convertir et d'autoriser l'inhumation du corps sur le Campus Stellae
    (le Champ de l'Étoile), le futur Santiago de Compostela. Ma longue méditation dans l'église, dans l'ombre
    fraîche des vieilles pierres, fut un moment de suspension. Ce n'était plus la marche qui comptait, mais le
    point de départ.

    Assis près du fleuve Sar, au pied de ce rocher, je ressentais l'enracinement profond de l'histoire,
    l'instant où l'océan rendit son trésor à la terre, préparant le chemin pour des millions de pèlerins à venir. 

    L'étape fut courte en kilomètres, mais immense en résonance...

     

 


    Hébergement "Apartamento en Santiago28" à Padrón
    Calle Santiago, 28
    Petit appartement dans un quartier tranquille.
    Proche du Pont et de la Fontaine
    Petit séjour, cuisine, chambre et salle de bains
    4 coquilles



     

 

 


Arca/Santiago
J’ai marché pour "la Paix",
celle qui doit unir les hommes

 
La Voz de Galicia


C’était décidé, cette dernière étape
"La Ultima"!
Celle de la communion des hommes
Que certains partagent avec "Dieu",
Celle de la fraternité,
Ne pouvait qu’être dédiée à la Paix !

Je ne m’étais pas trompé,
Grande fut l’émotion,
Nombreux les pèlerins.
L’homélie bâtie sur la paix
Et sur la responsabilité
Individuelle et collective des hommes.
Sur la nécessité de leur engagement.

Une femme chanta.
La voix de la Galice
S’éleva, pure et claire
Comme un diamant !
Elle emporta mon esprit
Plus loin, vers un monde pacifié,
Indéfinissable.

À  l’extérieur
Dans les kiosques à journaux
La Voz de Galicia*
Etale dans ses colonnes
Les horreurs de la guerre.
Irak, Israël, Palestine
Afrique, Asie, Tchétchénie…

Oppression,
Otages, Attentats !
Mines ‘anti-personnelle’ !
Enfants mutilés,
Femmes violées,
Hommes déchirés
Au nom d’intérêts
Peu recommandables.
Perversion de l’argent,
Du pouvoir.
Réminiscence de la marée noire,
Sur les côtes de Galice
Dilapidation de l’énergie fossile !

A l’intérieur de la cathédrale
Microcosme international
De paix et de fraternité
Femmes et hommes
Se donnent la main,
S’embrassent spontanément.
Le chemin a accompli son œuvre
Le flux émotionnel surgit
Les yeux sont embués,
Les gorges serrées

Cet état de grâce résistera-t-il
A l’usure du quotidien ?
Demain quand nous serons sur les routes,
Rappelons-nous ces instants,
Nous grandirons dans nos actes.

 
La voix de la Galice
Santiago le 7 Juin 2004


Alain Puyssegur
 

 

Étape suivante

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