Le Chemin Côtier Portugais
Porto > Labruge - 24,4 km

Jeudi 12 Septembre 2024

1ère étape

 

Les paroles sages tombent quelquefois
dans l'oreille d'un sourd
mais un mot gentil n'est jamais perdu.


Arthur Helps

 

Profil de l'étape


    Jeudi 12 septembre.
    1ère étape du Chemin Portugais par la côte. Senda Litoral.

    Porto à Labruge - 24,4 km


    Je quitte l'hébergement de Porto à 7h. 
    Je descends au bord du fleuve Duero que je vais suivre pendant plusieurs kilomètres. 
    Il y a une piste aménagée le long du Duero, une piste piétonnière et cyclable où l'on croise des marcheurs,
    des promeneurs, des joggeurs et des cyclistes...
    Il y a déjà beaucoup de monde ce matin sur cet itinéraire.
    J'arrive à l'embouchure du fleuve pour continuer à marcher le long de l'océan. 

    Il y a tout le long des immeubles qui bordent la route et la piste. 
    La marche est agréable, il y a un petit vent frais. Je passe devant une plage où  il y a une colonie de mouettes,
    peut-être un millier de mouettes regroupées, ce que je n'avais jamais vu jusqu'ici...

    Jusqu'à Matosinhos, où je m'arrête pour boire un coca et manger une omelette au bord de la plage, c'est une
    suite ininterrompue d'immeubles qui bordent la route d'un côté et de l'autre des plages qui se suivent le long
    de l'océan...
    Après cette pause, je passe devant une zone portuaire industrielle et je traverse cette localité de Matosinhos.
    Cette zone portuaire est assez vaste, on va la franchir en partie en empruntant un pont suspendu qui passe
    au-dessus d'un vaste canal et puis ensuite on continue à travers cette localité. J'arrive à un Office de Tourisme
    où une dame très sympathique nous donne des cartes, des indications et nous met le tampon sur la crédenciale.

    Je retrouve le bord de l'océan. C'est une côte rocheuse entrecoupée de petites plages. Il y a toujours sur la
    droite de vastes zones résidentielles... En fait depuis le centre de Porto, ça a été une suite ininterrompue
    de bâtiments d'habitation !
    Ensuite, on quitte peu à peu ces zones habitées pour continuer le chemin toujours le long de l'océan avec
    toujours de belles plages qui se succèdent !
    Le chemin est aménagé sur des passerelles en bois. Il y a ici et là quelques restaurants en bord de plage,
    des bancs pour s'asseoir et des petites fontaines... J'arrive devant un vaste ensemble de cheminées d'usine.
    C'est un grand complexe industriel, je crois que c'est une raffinerie !
    La marche aujourd'hui est vraiment agréable, ça change du Sentier des Pêcheurs sur la Rota Vicentina,
    avec tous les dénivelés qui se succédaient et les marches dans le sable ce qui était très fatiguant.
    Aujourd'hui, c'est un peu comme une promenade de santé...
    Je continue à marcher sur ces passerelles en bois. Le vent s'est levé, c'est un vent de face assez fort.
    Un peu plus loin je rencontre une famille australienne qui fait le chemin à vélo, le père, la mère
    et trois enfants de 8, 6 et 3 ans, chacun son vélo sauf le dernier qui est tiré dans une carriole.
    Bref échange et photos...

    La suite, ce sont toujours ces passerelles en bois entrecoupées de quelques passages sur des pistes en ciment,
    avec toujours ces longues plages et ces restaurants de bord de plage.
    Un peu avant d'arriver à Labruge, je ne vois plus l'océan qui est maintenant dissimulé par le brouillard.
    Je traverse une zone occupée par des bateaux et des pêcheurs. Il n'y a pas de port, les bateaux sont tirés sur
    la plage et autour des bateaux, il y a les casiers, les filets et tout le matériel pour la pêche.
    Je quitte cette passerelle en bois pour marcher sur une piste pavée le long de la route. 

    Un peu plus loin il y a l'indication de l'Albergue Sāo Tiago qui nous fait quitter le bord de l'océan pour
    entrer dans la localité de Labruge. Dans cet Albergue, je prends un petit bungalow où je suis seul. 
    Je dois dire que j'appréhendais un peu de me retrouver dans un grand dortoir avec des dizaines de pèlerin(e)s.
    Il faut dire que ce Chemin du Portugal par la côte c'est un peu le Camino Francés bis, c'est-à-dire qu'il est
    assez fréquenté. Comme j'ai marché à une allure plutôt tranquille, j'ai été dépassé par au moins 30 ou 40
    pèlerin(e)s.
    Cela me change de mon itinéraire sur la Rota Vicentina où dans le sens Sud-Nord, j'étais toujours seul !

     



    Récit de Raphaël Chouraqui (Copié avec son autorisation sur les publications FaceBook)
    Octobre 2025
    Porto > Matosinhos > Labruge - 24 km


    Comme d'habitude, lorsque je prépare un chemin (73 balais et plus de 12 000 km en chemin) je fais une visite
    de contrôle de la "machina". Mon chirurgien orthopédiste, avec sa faconde de mécano-poète, avait raison :
    ma carrosserie est celle d’une "vieille Mercedes avec 300.000 km au compteur". Mon âme, le moteur de la bête, démarre encore au quart de tour, pleine de ce désir têtu qui nous pousse à mettre un pied devant l'autre.
    Pour le reste, c'est une symphonie de craquements et de grincements, un concert d'arthrose où mes genoux
    jouent du "bruit de casserole" du jeu comme celui des meilleurs politiciens, et mes épaules claquent comme
    les portes battantes d'un saloon sous le vent. Du côté du cœur tout va bien, c'est l'essentiel.
    Peu importait : le Chemin m'attendait.

    Ce jour-là, pour cette première étape de Matosinhos à Labruge, l'air était frais et prometteur, une belle journée
    ensoleillée comme un bon coup de "starter' pour démarrer le vieux moteur de mon "bolide de collection".
    À cet endroit, le Chemin est à la croisée des eaux du bord de l'océan et de la campagne du Chemin Central.
    La majestueuse Porto, cité du Douro et du vin, départ de ma première étape m'offrait un premier dilemme :
    Le cœur du pays, tout en montées et en sous-bois, ou l'appel iodé de la côte, plus tranquille.
    Pour ce redémarrage après 2 ans sans chemin il est plus sage de prendre le Chemin côtier pour démarrer.

    Je me souvenais d'avoir lu que le Chemin Côtier, pour ceux qui partent de Porto ou de ses proches environs
    comme Grijó, est souvent choisi pour une première immersion du chemin. Il promettait des sentiers de
    planches serpentant sur les dunes, le murmure constant de l'Atlantique, la lumière des plages, les baigneurs,
    les surfeurs et l'ambiance vacances.
    Tandis que je m'étirais contre un mur avec la prudence d'un vieux félin rouillé, j'imaginais les autres pèlerins, l'esprit déjà sur les rives, le cœur battant au rythme des vagues.

    Mais l'âme de ma vieille Mercedes méritait quelques égards. L'itinéraire Central, celui qui m'emmènerait
    directement au cœur historique du chemin était mon "attrayant". J'étais aussi venu chercher l'évasion des plages
    et du grand large, avec l'introspection du "sentiment océanique" si bien décrit par Romain Rolland.
    Le Chemin n'est pas un simple voyage, c'est une évasion, et pour moi un test et un grand nettoyage de cette
    vieille "Machina" qui en a bien besoin.

    J'ai bouclé mon sac, serré les sangles de mes bâtons de marche, huilé mes vieux "coussinets de bielle"
    en m'amusant, de ma propre décrépitude élégante. Ma première étape passée, les premiers km de la banlieue
    de Porto, certes pas l'étape la plus bucolique, je retrouvais les bonnes marques de la coquille jaune sur fond
    bleu, les premières flèches du jour, m'ont paru aussi éclatantes que ce soleil exceptionnel d'octobre.

    Je me suis élancé, un pas après l'autre, laissant derrière moi l'odeur du café matinal et le ronronnement des
    premiers départs. Mes rotules ont protesté, mon dos a émis un soupir de martyr, mais le vieux moteur a tenu
    bon. L'âme de la bête était en marche, et elle filait, non pas vers le bleu de la mer, le cœur battant, avec
    l'humilité et la fierté d'une vieille carcasse.

    C'était le premier jour, et tout allait... techniquement bien,
    hors mis les traditionnels courbatures des premiers jours .

     



    Hébergement Albergue Santiago à Labruge
    Petit bungalow de 3 lits où je suis seul.
    Sanitaires à l'extérieur.
    4 coquilles



     

 

 


Un pied sur la Terre
 
Dès que tu poses un pied,
La terre t’appartient
Que tu sois né ici,
Que tu viennes d’ailleurs
Que tu sois un voisin,
Ou d’horizons lointains
Ce qui compte est l’effort,
Et l’approche des choses.
La marche, lentement
Inspire ce respect,
Ce regard bienveillant
Sur la beauté des roses
Sur toutes fleurs des champs,
Sur la simplicité
Ainsi, dès que l’on est
Vivant dans la nature
A l’écoute du vent,
Des arbres, des oiseaux,
Du fleuve bondissant,
Du vol des passereaux
Des rizières, des vignes
S’étirant tout là-haut.
L’on sent soudain vibrer
Un esprit d’aventure
On appartient alors
A ce concert nouveau.
L’archet d’étonnement
Caresse lentement
Les cordes du plaisir
Et fait vibrer notre âme.
On redécouvre alors
Ce qu’on croyait perdu
On prend enfin le temps
D’observer longuement
La vérité des choses
Et l’on n’appartient plus
Qu’à la métamorphose.


Samedi 5 juin 2010
Saint Gilles du Gard
Alain Puyssegur

 

 

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