Récit de Raphaël Chouraqui (Copié avec son autorisation sur les publications FaceBook)
Octobre 2025
Labruge > Póvoa de Varzim - 15,6 km
Le Sentiment Océanique...
Nous longeons l'Atlantique, dont les vagues,
inlassables, caressent les étendues de sable fin et portent
les surfeurs sur le rivage. Mon regard se perd dans l'immensité bleue, interrompue seulement par le vol
majestueux des goélands. Pour préserver cette beauté fragile, nous empruntons d'élégantes passerelles de
bois qui serpentent au-dessus des dunes, sentinelles végétales protégeant le littoral des assauts du vent.
Le chemin nous mène à un point de transition : le franchissement du pont sur l'Ave. Ce passage marque notre
entrée dans Vila do Conde, dont l'histoire, inscrite dans la pierre, se révèle à chaque pas. Le centre historique
est un labyrinthe de ruelles où l'architecture ancienne raconte des siècles de vie.
C'est un détour incontournable, une parenthèse hors du temps avant de reprendre notre marche.
Cette courte étape s'achève à Póvoa de Varzim. La ville s'offre à nous, cosmopolite et vibrante, perchée
au-dessus de l'océan. Elle promet une halte animée, un mélange de loisirs et de distractions bien mérités
après l'effort. La machine retrouve les sensations du chemin pas après pas. km après km, je suis toujours
étonné de l'immense capacité du corps à se régénérer et à s'adapter à l'effort. Le rythme s'installe, régulier,
comme le métronome d'une persévérance obstinée. L'argile façonnée par l'effort, révèle une capacité de
résilience presque mystique. Il se délie, s'affûte, transcende la douleur initiale pour se muer en une bête
de somme endurante.
C'est là que réside la véritable magie de la marche : Cette aptitude insondable de l'organisme à supporter
l'épreuve et à s'y adapter, devenant à chaque aube plus fort, plus apte à épouser les exigences du chemin.
Le corps n'est pas un fardeau, mais un allié prodigieux qui, sous l'aiguillon de l'effort, révèle sa force brute
et sa sagesse silencieuse.
Mais au-delà des paysages, de la résilience d'un vieux corps, c'est la richesse humaine qui a marqué cette
journée. J'ai eu le bonheur de croiser le chemin de Fernando et Neila, dont le sourire et les paroles échangées
m'ont réchauffé le cœur.
Et puis, il y a eu cette incroyable mosaïque
de pèlerins, chacun portant son histoire, son espoir.
Du Brésil, de Germanie, d'Israël, d'Australie, de Malaisie, de Suisse, de Pologne et de France...
Tels des fragments d'un monde lointain réunis ici, le temps d'une étape, par la même quête. Ces rencontres
furtives, ces liens tissés sur le fil de la route, rendent le voyage inoubliable, prouvant que même au bout du
monde, l'humanité a un visage commun.
Il est temps de passer sous la douche, faire la lessive du jour et quelques massages des jambes et des bras
pour évacuer les tensions et éliminer les toxines...
Demain sera un autre jour.
Telle est la vie de
pèlerin, simple et pourtant pleine de rencontres et de surprises...