Récit de Raphaël Chouraqui (Copié avec son autorisation sur les publications FaceBook) Octobre 2025 De A Guarda à Baiona - 29 km
L'aube ne s'est pas levée sur A Guarda, elle s'est distillée dans une lente dissolution de l'ombre. Dès les premiers pas,
nous avons plongé dans un monde de silence cotonneux, où les contours des
arbres et des bâtisses n'étaient plus que des suggestions fantomatiques. Cette
étape vers Baiona fut celle du grand mystère. La brume, dense et persistante, a
régné en souveraine sur le littoral galicien, transformant le chemin côtier en
une allée mystique. Les pas des pèlerins croisés, résonnaient sourdement sur la
terre battue, tandis que nous avancions lentement, dans l'humidité légère
du matin.
L'océan, tout proche, n'était qu'une rumeur grave, un fond sonore
entêtant. Pas de ligne d'horizon, pas d'azur spectaculaire, mais un paysage
intime, réduit à l'essentiel : Le sentier sous nos souliers, la végétation
trempée de rosée et les phares jaunes des coquilles Saint-Jacques signalant le
cap. Une statue de Saint-Jacques pour nous souhaiter "Buen Camino" !
Cette
absence de vue lointaine nous a forcé à regarder plus près, à apprécier la
texture des murs de pierres moussues, les nuances de vert des fougères géantes
et le parfum entêtant de l'eucalyptus dans les sous-bois. À midi, même la pause
déjeuner s'est déroulée dans cette atmosphère ouatée, avec la mer invisible,
mais omniprésente.
Ce fut une journée d'introspection, où l'effort de la marche
se mêlait à la beauté singulière d'un monde suspendu. Et puis, soudain, la
silhouette de Baiona a percé la nappe de gris, non pas par éclat, mais par
densité.
L'arrivée fut un retour progressif au monde réel, comme si nous
sortions d'un songe. Une étape mémorable, pour l'envoûtante profondeur de son
voile.
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