Récit de Raphaël Chouraqui (Copié avec son autorisation sur les publications FaceBook)
Octobre 2025 De Baiona à Vigo - 25 km
Cette étape entre Baïona et Vigo fut encore
un dernier hymne à la beauté brute et changeante de l'océan,
avant de rentrer dans l'arrière pays vers Redondela, Pontevedra, Padron et l'ultime étape de Compostelle.
Une dernière marche sur le sentier du littoral, qui souvent, se confondait avec le sable mouillé, les cordons
dunaires et le bois des passerelles.
Ayant quitté Baiona, avec sa forteresse de pierre austère et son port de plaisance qui dormait encore, sous
un ciel chargé, presque dubitatif, on retrouva rapidement le charme de la côte Galicienne qui nous a vite
accompagné. Le chemin, s'éloignant de la ville épouse les contours d'une nature généreuse et préservée.
On a traversé de longues zones humides, des marais salants autour de la baie, où l'eau du fleuve Miñor se
mêle à celle de l'Atlantique, créant des étendues d'herbes folles et de roseaux caressées par les premières
lueurs du soleil, teintes d'or et de vert tendre, repère des oiseaux migrateurs et des goélands.
Puis, l'océan s'est à nouveau révélé dans toute sa splendeur. En longeant de longues plages de sable fin,
comme celle de Panxón ou de Patos, où la beauté n'est pas seulement dans l'horizon, mais dans le spectacle humain qui s'y jouait.
Là, l'air n'est plus seulement iodé, il est vibrant d'une attente silencieuse et concentrée : Celle des surfeurs,
postés tels des ombres patientes, ils attendent, immobiles sur leurs planches. Ces silhouettes, noires dans
l'éclat matinal, incarnent la plus belle des philosophies du chemin : La patience. Comme le marcheur, ils ne
luttent pas contre l'océan, ils acceptent son rythme. Ils scrutent l'horizon, décryptant les signes invisibles
– le vent, la marée, le souffle lointain de la houle – attendant la vague.
Ce n'est pas une simple attente, c'est une méditation active sur l'imprévisible, une leçon de modestie face à
la force de la nature. Leur persévérance, leur sérénité, ajoutent une couche de poésie à la majesté des lieux.
Plus l'on progresse vers le nord, plus les plages cédent la place à des zones plus urbanisées, longées de belles
promenades en bois, ou en dalles de ciment, annonçant la présence de la grande cité qui se rapproche à
chacun de nos pas. Les couleurs du ciel ont commencé à s'adoucir, passant des bleus vifs du matin aux teintes
plus douces d'un début de soirée.
L'arrivée à Vigo s'est faite en douceur, contrastant avec l'image que l'on pourrait avoir d'une ville de plus
de 300 000 habitants. Après avoir contourné la grande Ria de Vigo, apercevant les chaînes de montagnes
qui encadrent la ville au soleil couchant, voilà l'approche du port de plaisance, avec ses mâts alignés et ses
reflets sur une eau calme, qui offre un contraste saisissant avec l'énergie déchaînée des vagues aperçues
plus tôt, ce matin.
Vigo se révélait, non pas comme une arrivée bruyante, mais comme un havre après une longue journée de marche (environ 25 km).
Une ville aux dimensions imposantes, certes, mais dont les premiers visages étaient ceux du calme portuaire,
promesse de repos avant le départ vers la prochaine étape du chemin.
Le bruit de l'océan s'est tu, remplacé par le silence des mâts et la lumière chaude du couchant.
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